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Tous les poètes, musiciens, écrivains, anonymes ou connus, que j'ai croisé dans me vie...videos essentiellement inédites...

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Le ruban Blanc

 

FICHE CINEDOC (CNDP - CRDP)

 

Le Ruban Blanc – Palme d’or festival de Cannes 2009

 

A la veille de la Première guerre mondiale, des accidents aussi barbares qu’étranges perturbent soudain le calme d’un village protestant d’Allemagne du Nord. Le médecin des lieux est d’abord victime d’une grave chute de cheval provoquée par un câble tendu entre deux arbustes. C’est ensuite le rapt du fils du baron que l'on retrouve ligoté et battu, la mort mystérieuse d’une paysanne, l’atroce mutilation du fils handicapé de la Sage­ Femme….Le baron, puis la police mènent l’enquête autour de ce qui ressemble bientôt à un rituel punitif lequel « réveille la

méfiance ancestrale des paysans », nous dit le narrateur et ancien instituteur du vi11age, lui-même intrigué par ces actes malveillants.

Curieusement, dans cette bourgade en apparence harmonieuse, beaucoup auraient de sérieuses raisons d’agir, à commencer par ceux que l'on soupçonne le moins...

Regard extérieur et vengeance

Le ruban blanc se présente comme la chronique ordinaire d'un village que tous ses habitants veulent voir comme un havre de paix. Or, les événements traumatisants qui s'y déroutent obèrent peu à peu cette vision et obligent la communauté à sonder sa conscience, à commen­cer par ceux qui détiennent le pouvoir tels que le baron, le pasteur, le médecin, le régisseur... Quant à l'instituteur, originaire d'une autre commune que celle qui nous occupe dans le film, il occupe une place privilégiée à mi-chemin des enfants et de leurs parents. A la croisée de toutes les trajectoires, il observe les villageois avec la lucidité du regard extérieur de l'étranger, en reçoit parfois de précieuses confidences et devient assez logiquement le narrateur (en voix off du récit parfaitement linéaire et a posteriori des faits. Ce recul dans le temps et cette neu­tralité de la vision impriment donc à l'histoire une hauteur de vue propice à la réflexion criti­que, distance elle-même renforcée par le parti-pris esthétique du noir et blanc historico-romanesque des images.

La grande économie des moyens utilisés - le noir et blanc, les longs plans fixes, les mouvements de caméra lents et peu nombreux, L`absence de musique, le rythme sobre du montage - confère à l'ensemble un ton grave au diapason du propos du film. Tous ces procédés cinématographiques auxquels s'ajoute la transformation des faits divers en événements grâce au récit du narrateur ins­taurent un malaise et un suspense qui ne cessent de grandir à mesure que l'histoire progresse. Michael Haneke entretient également ce malaise en jouant avec les mécanismes perceptifs du spectateur, ici perturbé dans ses codes de lecture face à l'identité des (présumés) coupables. Avec leur affabilité et leur candeur d'anges blonds aux yeux bleus, les enfants du film sont, en effet, à l'opposé des figures incarnant habituellement la violence au cinéma.

Une atmosphère lourde de mystères et d'angoisses pèse d'emblée sur la dramaturgie que rythment les saisons et les macabres découvertes. Les représen­tations de la nature, tantôt recouverte d'une neige immaculée, tantôt blondie par les blés, offrent l'image d'une présence imperturbable, pure et intemporelle, en contrepoint ironique des sombres activités humaines. Chaque épisode du drame semble être l'effet de quelque maléfice d'autant plus inquiétant qu'il demeure pour longtemps inexpliqué. Nulle cohérence paraît guider les cri­minets dans leur démarche vengeresse, lesquels n'abandonnent aucune preuve derrière eux. Le mal semble partout et toutes et tous peuvent en être la proie. Aussi les esprits, sclérosés par le poids de la religion et la notion de culpabilité, sont-ils rapidement épouvantés. Toutefois, puisqu'il s'agit pour les obscurs justiciers de «punir la faute des pères surles fils» (cf. La Lettre retrouvée sur Karli), on constatera que les victimes sont toujours choi­sies pour un crime commis par elles-mêmes ou un de leurs proches: Sigi pour le mépris et La sévérité de son père envers ses ouvriers, Karli et le médecin pour l'adultère de ce dernier avec la sage-femme, le pasteur pour ses sévices...

 

Rigorisme et rancœur

Entre toutes les questions et réponses de l'ex-ins­tituteur, rien ne sera complètement élucidé, toutes les pistes jamais totalement fermées. Au spectateur, parfaitement libre, d'effectuer sa propre lecture. Qu'est-ce qui pousse, en effet, le médecin et son amante à fuir et ainsi à s'auto-désigner comme Les coupables idéaux de toute ïaffaire? Est-ce la menace (pour le médecin) de l'opprobre public après le viol de sa propre fille? Qu'est-ce à dire encore de la rumeur entièrement rapportée au conditionne[ par le narrateur à la fin du film.

Le récit qui se présente comme un film à clefs (un peu à la manière d'une enquête policière avec interrogatoires, observations, recoupements d'informations et démarche hypothético-dé­ductive pour découvrir la vérité) sonde l'in­conscient collectif d'une petite communauté protestante éprise de rigueur et de pureté. Le scénario, nourri des manuels d'éducation des XVIIIéme  , XIXème et XXème siècles, souligne la violence physique et morale à laquelle sont soumis femmes, enfants et paysans, tous ceux donc qui composent L'ensemble de la population réduite à un infra-peuple par les pères dont la sévérité suscite détestation et rancoeur.

Les paysans que la mise en scène traite comme une masse informe et diffuse (à peine une famille, sans nom, se détache-t-elle du lot) sont les esclaves plus ou moins veules d'un système féodal qui les maintient avec fermeté dans leur condition. La tentative d'émancipation du fils du Paysan, d'abord sous forme de rébellion (le saccage du champ de choux-fleurs), suite à la mort accidentelle de sa mère, conduit sa famille au malheur: chômage, ruine, suicide du père. Quant aux femmes, elles sont victimes d'une société phallocratique et paternaliste qui les terrorise et les humilie. Il n'est qu'à voir la réaction d'effroi d'Eva, la fiancée de [instituteur, quand ce dernier a l'idée de changer de chemin pour se rendre sur le lieu de leur pique-nique. Pèsent alors sur elle le poids des interdits (le dévoiement, ici au sens propre, est proscrit) ainsi que la hantise d'un abus de pouvoir de celui qui prétend la ravir. On aura vu également un peu plus tôt avec quelle cruauté le médecin rompt avec sa vieille amante: « Tu es laide, négligée, tu as la peau flasque et l'haleine fétide. » De leur côté, les enfants sont soumis à une discipline quasi militaire qui les prive des marques de tendresse utiles à leur équilibre et leur épa­nouissement. Sévices corporelles et châtiments moraux leur sont régulièrement infligés. Un ruban blanc, comme indice public de leur ignominie (pénitence) et symbole d'une innocence et d'une pureté perdues (rachat), est notamment accro­ché aux cheveux de Klara et à un bras de Martin, accusés avant bastonnade d'avoir failli à La confiance de leur pasteur de père (on songe au prédicateur maléfique de La nuit du chasseur). Après un interrogatoire sadique et dégradant, le même Martin est plus tard contraint de dormir les poignets attachés pour ne pas s'adonner aux gestes coupables de sa sexualité naissante...

Une éducation néfaste

Tous les enfants d'Eichwald vivent dans un mélange de crainte, de respect et de haine des autorités morales du village. Léducation stricte et puritaine qu'ils reçoivent les conduit à la dureté, L'intolé­rance, l'esprit de vengeance et au mépris de soi. De fait, ils sont cruels à l'égard d'autrui et pervers envers eux-mêmes. Pour preuve, Martin n'hésite pas à risquer sa vie en marchant sur la rambarde d'un pont, et Georg, le fils du régisseur, préfère la badine au mensonge après que lui-même et son frère Ferdinand ont violenté Sigi pour lui voler son pipeau. Tous sont des êtres froids et policés qui, soustraits à la vigilance des adultes, retrouvent néanmoins les comportements turbu­lents de leur âge. Parfaitement formatés (forts et matés), ils composent une entité organique, sournoise, insensible et calculatrice, soudée dans son abjection et proprement inhumaine, à l'image des charmantes têtes blondes du Village des damnés (1960). Toutefois, le scénario ne cherche jamais à édifier. Tout est affaire d'atmosphère ici. Les petits êtres malsains rôdent, épient, pèsent sur la dramaturgie du poids de leur présence suspecte, agissent enfin sans se livrer. Seule, dans ce film allusif, la scène de l'oiseau exterminé d'un coup de ciseaux relève explicitement d'un acte de vengeance, froidement exécuté à dessein de défier sinon de surpasser l'autorité (paternelle) par la surenchère du mal, sorte de perfection dans la cruauté.

On le voit, les enfants miment leurs parents et n'hésitent pas à exercer un pouvoir barbare et tyrannique sur plus faibles qu'eux ou à s'ériger en juges suprêmes (se faisant la main droite de Dieu) en corrigeant sévèrement ceux-là qui ont été incapables d'appliquer l'absolue rigueur qu'ils exigeaient d'eux-mêmes. Les parents, fous d'or­dre et de censure, ont façonné des êtres qui éliront à une forte majorité le parti nazi au pouvoir vingt ans plus tard. Car c'est bien de cela qu'il s'agit ici: interroger les racines du mal d'où est sortie la bête immonde. Le village du Ruban blanc est ainsi vu comme un laboratoire d'analyse porté à l'observation d'une société répressive cultivant «la malveillance, l'envie, la bêtise et la brutalité» qui mènent aux idéologies fascistes et totalitaires.

Les notables dominent le bas-peuple, et notamment le tout-puissant baron dont dépend la vie du village. Montrer que cette communauté se trouve à mi-chemin de la féodalité prussienne et d'un nouveau modèle social, sévère et rigoureux. Décrire les différentes classes qui structurent le village et noter les tensions qui les opposent. Commenter l’extreme précarité dans laquelle vivent les paysans. Remarquer que s'ils haïssent le baron, nul d'entre eux (excepté le fils du Paysan) ne pense à se révolter contre celui qui les prive de tous leurs droits et qui a littéralement pouvoir de vie ou de mort sur eux. Par ailleurs  le film s'achève sur l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo et l'entrée en guerre de l'Allemagne. Expliquer le scepticisme sinon le refus d'y croire des habitants. Enfin, Michael Haneke pose l'hypothèse du lien entre violence éducative  et fascisme. Examiner la question du nazisme au vu de l'éducation reçue par les enfants du film.

Noir et blanc, absence de musique, grande écono­mie de la mise en scène: la forme du film est à l'aune de l'austérité décrite. Démontrer que l'esthé­tique a ici valeur d'éthique portée à l'interrogation du passé de l'Allemagne. Souligner la recherche de la bonne distance morale tant spatiale (nous restons à la porte des supplices) que temporelle (la narration a posteriori nécessaire au regard critique). Indiquer qu'Haneke montre ou suggère sans démontrer. Analyser la neutralité du point de vue de l'instituteur-narrateur et préciser que cette approche permet au cinéaste de peindre une « réa­lité objective».

Justifier le choix du noir et blanc et analyser la symbolique des couleurs. Dire que sa fonction chro­matique (écho plastique à la sévérité morale des personnages) revêt un double enjeu historique et dramatique. Le noir et blanc inscrit l’intrigue dans le temps (début de siècle), et prolonge la dialectique de l'affrontement entre Bien et Mal. Signaler que la mise en scène scande régulièrement la volonté de pureté des hommes par le biais des saisons et de la nature (neige, blé, soleil, etc.). Or, le blanc est vite assimilé au rigorisme religieux qui est lui-même un effet de la casuistique des adultes : en recouvrant leurs enfants de la blancheur de l'innocence et en exigeant d'eux la pureté, les adultes pensent-ils « blanchir » leur conscience et s'absoudre de leurs péchés. Symbole de pureté pour les adultes, le ruban blanc est aussi celui de l'humiliation, de la haine et de la vengeance pour leur progéniture. Désormais, comme le noir, le blanc inquiète parce qu'il est doté d'une grande ambiguïté. Il prétend révéler la pureté en stigmatisant la faute et il devient en retour le reflet de l`iniransigeance des fils pour les pères en même temps que le symbole morti­fère de la haine des fils pour eux-mêmes.

Etudier te mode de fonctionnement (en vase clos) de ce village pro­testant du début du xxe siècle: géographie, travail, vie sociale, struc­ture familiale, comportements, etc. Définir le rigorisme de féduca­tion nourrie de morale kantienne que dispense le pasteur. Montrer combien celui-ci détermine ta conduite des adultes et la gravité des enfants (notons l'absence de rires). S'interroger sur l'absence manifeste de culpabilité des enfants, convaincus d'avoir agi pour te bien commun. Dire en quoi !e rigorisme protestant a pu constituer, selon te point de vue du cinéaste exposé ici, un des possibles de l'idéologie de l'extermination à venir.

Repères - La violence éducative 

Selon la psychologue et philosophe Alice Miller, les humiliations, coups et mensonges au nom de l'éducation, sont des formes ­de maltraitance qui blessent durablement l'intégrité et la dignité de l'enfant. C'est à l'âge adulte que celui-ci commence à en souffrir et à faire souffrir les autres.  Pour elle, le problème dépasse le simple cadre de la famille et concerne l'ensemble de la société puisque les anciennes victimes peuvent devenir des bourreaux obscurément désireux de se venger sur des nations entières comme le prouvent les pages sombres du nazisme. Les enfants battus, nous dit-elle encore, apprennent très tôt la violence dont ils useront plus tard, et ce persuadés que les coups donnés le sont par amour et pour le bien de leur progéniture. Ainsi l'acte violent est-il banalisé et parfaitement intégré, commis en toute bonne foi et jamais remis en question. Le mal perdure et les traumatismes produits durant les trois premières années - âge où le cerveau humain se structure - continuent d'être ignorés. Or, l'enfant doit apprendre de ses modèles l'amour et la gentillesse, et non la violence et l'imposture qui consistent à lui faire accroire qu'on le bat pour son bien. C'est pour ton bien, publié en 1985, s'interroge sur les racines de la violence dans l'éducation de l'enfant. L'auteur s'appuie notamment sur le cas d'Adolf Hitler pour étayer sa thèse. C'est, selon Alice Miller, le fruit de cette violence éducative qui a permis la montée du nazisme et l'accession du dictateur au pouvoir. 

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