Il a eu 100 ans en 2009...
Simone de Beauvoir, à propos de Lévi Strauss
“ Il m’intimidait par son flegme, mais il en jouait avec adresse et je le trouvais très drôle lorsque, d’une voix neutre, le visage mort, il exposa à son auditoire, la folie des passions. ”
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Extraits de son livre d’entretiens: « De près et de loin »
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p 207 Chaque culture se développe grâce à ses échanges avec d’autres cultures. Mais il faut que chacun y mette une certaine résistance sinon, très vite, elle n’aurait plus rien qui lui appartienne en propre à échanger. L’absence et l’excès de communication ont l’un et l’autre leur danger
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P 241 L’idée que les hommes peuvent tirer d’eux mêmes des créations qui valent autant et même plus que celles de la nature (....) est le point d’aboutissement d’un courant qui a enfermé l’homme dans un tête à tête avec lui même. Déjà, Sérusier, un contemporain de Gaughin écrivait qu’en comparaison de ce qu’il avait dans la tête, la nature lui paraissait petite et banale. Or, à mon, sens, l’homme doit se persuader qu’il occupe une place infime dans la création, que la richesse de celle ci déborde et qu’aucune des inventions esthétiques ne rivalisera jamais avec celles qu’offrent un minéral, un insecte ou une fleur. Un oiseau, un scarabée, un papillon, invitent à la même contemplation fervente que nous réservons au Tintoret ou à Rembrandt. Mais notre oeil a perdu sa fraîcheur, nous ne savons plus regarder.
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Chapitre 19 la musique et les voix
La grande forme musicale récupère, me semble t il les structures de la pensée mythique. Avant de naître en musique, la forme “ fugue ” ou la forme “ sonate ” existaient déjà dans les mythes.
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Pourquoi le nu tient il une si grande place dans la peinture?
On pourrait croire que c’est à cause de la beauté intrinsèque d’un corps. La raison me semble différente. Même le peintre le plus blasé, habitué à faire poser des modèles, ne peut manquer d’éprouver à la vue d’un beau corps, une certaine excitation érotique. Ce léger éréthisme le stimule et aiguise sa perception. Il peint mieux. Consciemment ou inconsciemment, l’artiste recherche cet état de grâce. Mon rapport à la musique est du même ordre. Je pense mieux en l’écoutant.
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Votre livre d’entretiens “ De prés et de loin ” m’a procuré une excitation intense. Je me permets, très modestement, de vous adresser ces quelques notes et questions que m’ont inspirées certaines de vos réponses qui n’ont pour objet que de rendre compte de l’excitation ressentie.
P 241 “ L’idée que les hommes peuvent tirer d’eux mêmes des créations qui valent autant et même plus que celles de la nature...mais notre oeil a perdu sa fraîcheur, nous ne savons plus regarder. ”
Peut on éviter la spécialisation? C’est vrai qu’il y a très souvent excès de nombrilisme mais n’y a t il pas aussi souvent excès d’oubli de soi? Ne faut il pas un va et vient incessant, un pied dans l’homme et un pied dans le création et garder les yeux fixés sur l’aiguille de la balance?
P 205 -207 A propos de ce que vous nommez le “ choc des cultures ”... Encore faut il le vouloir, ce choc! Quel est donc le hasard qui fait que certains individus (certaines cultures) aient besoin pour vivre et s’enrichir de cet état de confrontation permanent et que tant d’autres au contraire, se laissent aller à l’uniformisation et donc à l’appauvrissement. A quel moment et par quoi se manifestent les premiers signes de la décadence? Comment éviter que s’installe l’autosatisfaction?
Ne pensez vous pas que si les idées de la révolution française ont eu un tel impact dans le monde, une telle influence, c’est surtout parce qu’elles étaient “ en marche ”? qu’elles donnaient à rêver?
Il me semble qu’une idée qui ne rebondit pas (qui ne donne pas à rebondir) est une idée qui meurt. A vous lire, le recherche m’apparaît en effet comme une balle qui rebondirait sans cesse et qui apporterait à celui qui s’en saisit, une profonde humilité. Tous les chercheurs devraient jouer de cette façon, “ à la balle ”. Cette idée de jeu dans la recherche qui me séduira toujours me parait être le contrepoint indispensable à son sérieux. (Tristes tropiques n’est pas, pour vous, un accident de parcours).
Vous cherchez, il me semble, comme un enfant joue et un enfant qui joue est d’autant plus sérieux qu’il ne s’y prend pas, au sérieux.
P 134 Vous dites: “ le Donquichottisme me semble t il, c’est pour l’essentiel un désir obsédant de retrouver le passé derrière le présent. Si d’aventure, un original se souciait de comprendre quel fût mon personnage, je lui offre cette clé ”.
Permettez moi de la prendre, cette clé, pour conclure, et m’amuser un peu. Don Quichotte fût toujours pour moi, ce fou qu’il faut nécessairement être et entretenir, pour continuer de mériter le nom d’être vivant.
Vous en faites, parlant de vous une sorte de psychanalyste au désir obsédant...
Loin de heurter mes convictions, il me semble qu’il s’agit du même homme (du même fou ou du même psychanalyste) dont le “ désir obsédant serait justement de ne pas trop s’éloigner de cette frontière ou tous les “ obsédés ” se rejoignent dans la même volonté obstinée du savoir ou de l’inconscience, menée, dangereusement le plus loin possible.
Ainsi donc, les deux démarches s’articuleraient à partir du Désir, en même temps “ aiguille de la balance ”, et fil conducteur. Le désir, c’est la vie.
Avec tout mon respect et toute ma sympathie.
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Claude Levi Strauss a eu la gentillesse de me répondre.
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